DD-tour tire sa révérence

Eh oui, le parcours de DD-tour s'achève.

Tous ces paysages, toutes ces rencontres, ces projets que nous avons partagés au cours de ces quelques mois, j'espère que vous les garderez en mémoire, peut-être certaines d'entre elles vous auront même inspirées.

Pour cet ultime article et en cette Journée Mondiale pour la Planète, quoi de plus naturel que d'écrire quelques lignes à son sujet.

Depuis près de 10.000 ans que l'Homme existe, la Terre nous a apporté abris, nourriture, chauffage… Aujourd'hui, nous vivons comme si nous n'avions plus besoin de tout ça, comme si toute notre technologie nous était suffisante pour vivre. C'est une des raisons pour lesquelles les changements climatiques ou la perte de biodiversité nous atteint dans une moindre mesure, nous qui vivons dans ces pays développés et industrialisés.

À travers son parcours, DD-tour vous a fait partager toutes ces rencontres : de familles nomades mongoles pour qui les hivers deviennent plus froids et plus longs chaque année tuant leur bétail et diminuant leur revenu, ou de familles vietnamiennes vivant au coeur du delta du Mekong sans accès à l'eau courante ou à l'électricité et qui subissent des crues du fleuve de plus en plus fortes et dangeureuses tant pour les animaux que pour les Hommes.

Voici un mot maori que j'ai appris en Nouvelle Zélande : whenua. Cela signifie à la fois Terre et placenta, car pour les Maoris, tout comme le placenta abrite et protège l'enfant à naître, la Terre nous prodigue ses bienfaits.

 

Cette sortie de piste avait pour objectif de mettre en avant des thématiques importantes dans les pays traversés, mais aussi et surtout des hommes et des femmes qui ont la volonté de changer les tendances afin de vivre mieux dans un environnement plus juste.

Chacun d'entre nous peut au quotidien faire sa part, car même si cela vous semble insignifiant, souvenez vous que 1+1+1+1+…= des millions !!

 

Sur ces derniers mots, DD-tour vous tire sa révérence avec l'espoir naïf que la protection de notre environnement prendra une part de plus en plus importante dans notre quotidien, et dans notre manière d'envisager le futur, ensemble et non grâce ou contre les autres. Car tout réside dans cette évidence : nous vivons sur la même terre.

 

Durablement vôtre,

 

DD-tour

 

 

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* Je parle délibérément ici de changements climatiques au pluriel. Tout d'abord pour ne pas parler de réchauffement climatique car contrairement à ce que la majorité des personnes pensent toujours, il s'agit d'un réchauffement global de température sur l'ensemble de planète et donc rien à voir avec les températures ressenties au quotidien. Ensuite, parce que les changements climatiques induits par cette hausse globale de la température seront différents en France, en Russie, en Australie ou en Bolivie car dépendent, entre autre, des courants atmosphériques : ici plus froid, ailleurs plus chaud, par ici plus de cyclones ou de moussons alors que par là ce sera la sécheresse.

 

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    Ils en ont parlé

    Le 22 janvier 2013, le blog de La Fondation Nicolas Hulot

     

    Le 08 janvier 2013, Tinkuy - newsletter de la nouvelle année


     

    Le 26 décembre 2012, La Voix du Nord – toutes éditions

     

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      Argentine : coup de pompe dans le soja

      L'agriculture argentine est, dans l'imaginaire commun, illustrée par ses gauchos et son élevage bovin en plein air ou encore par ses petites parcelles de cultures familiales. Cela n'est désormais qu'une infime partie de la réalité. À présent, les cultivateurs favorisent la production de farines alimentaires et de biocarburant. Ainsi, l'Argentine est le 3ème producteur mondial de soja…transgénique.

       

      La culture du soja s'est réellement développée en Argentine à partir des années 1970 pour remplacer la production de farine animale (le soja étant riche en protéines). Mais c'est en 1996 que le ministre de l'Agriculture du gouvernement Menem qui ouvre les portes à la culture d'organismes génétiquement modifiés (OGM) sur les terres argentines par un partenariat avec le leader mondial : Monsanto. Au revoir la culture « traditionnelle » et bonjour au Soja Round Up Ready (Soja RR pour les intimes). Cette « espèce » de soja a la particularité de résister au désherbant Round Up (produit par Monsanto également). Ainsi, lors du passage des Mosquitos, ces avions qui bombardent les champs de Roud Up, les « mauvaises herbes » meurent mais pas le soja.

      Champs de Soja RR

      Champs de Soja RR

       

      Cette culture transgénique est toujours approuvée par le gouvernement argentin qui a surmonté la crise économique de 2001 grâce aux bénéfices du soja. La présidente Cristina Kirchner en a même fait la promotion dans une allocution datant de mars 2008 en assurant au peuple argentin que le glyphosate contenu dans le Round Up faisait même du bien au soja en tuant toutes les autres.

       

       

      Mais qu'en est-il pour la santé ? Car en bombardant les champs de Round Up, l'avion ne fait pas dans la finesse est peut bombarder au passage quelques habitations. Monsanto a toujours nié la possibilité de conséquences néfastes de la culture d'OGM sur la santé mais de récentes études dans les régions agricoles argentines semblent montrer le contraire. Dans un rapport public (disponible sur internet) faisant suite à de nombreuses études scientifiques, le Docteur Jorge Kaczewer, spécialiste en toxicologie à l'Université de Buenos Aires, affirme que « le glyphosate a été erronément qualifié de « toxicologiquement bénin » tant au niveau sanitaire qu'environnemental ». Cette analyse vient corroborer les constats de nombreux médecins locaux, de journalistes et d'associations environnementales. Les médecins contastent notamment une augmentation significatives de cancers, de problèmes hormonaux et hépatiques et de fausses couches des populations rurales habitant dans les régions de culture de soja transgénique.

       

      Et écologiquement, me direz-vous ? En quelques mots : désertification, stérilisation des sols, dégradation de la biodiversité, pollution des eaux, déforestation… Voici les maux de la monoculture du Soja RR. Car c'est en effet la combinaison de la monoculture intensive d'OGM et de l'utilisation de pesticides et désherbants chimique qui induit tout cela.

      D'un côté, les produits chimiques utilisés à outrance vont polluer les cours d'eau et les nappes phréatiques. La biodiversité est affectée à travers l'utilisation de pesticides. Dans ces régions agricoles, on a constaté une forte diminution d'insectes pollinisateurs tels que les abeilles et les papillons et de micro-organismes du sol. De plus, des études ont montré que le croisement d'espèces génétiquement modifiées avec d'autres espèces « naturelles » pourraient entrainer des changements de la structure ADNique de la plante, pouvant la rendre à son tour résistante à un produit chimique. Cela ne semble peut-être pas si grave, mais en réalité cela induira sur le long terme une perte de diversité biologique irremplaçable.

       

      Sur le plan économique, en tant que culture rentable, le soja est en plein développement, ceci accélérant la déforestation aujourd'hui problématique dans toute l'Amérique du Sud. En Argentine, alors qu'en 1970 la culture du soja ne représentait que 3700ha ; la culture est passée à 8,3 millions d'hectares en 2000 pour atteindre 18 millions d'hectares semés en 2009 ! 90% de ces cultures sont transgéniques. Cette croissance exponentielle de la surface cultivée en soja, appelée la « sojanisation », s'est bien entendu faite au détriment d'autres milieux et notamment des forêts argentines menaçant un écosystème rare : la forêt tropicale de montagne des Yungas dans le nord du pays.

      Le soja représente 25% des bénéfices liés aux exportations, il est donc difficile pour le gouvernement argentin de revenir sur ces choix d'autant plus que le pays est en pleine crise économique et monétaire. Ainsi, la culture du soja transgénique croît au pays des gauchos pour alimenter l'Union Européenne et la Chine en farine, huile et de plus en plus en biocarburant*.

      Mais au delà de la question économique, la culture du « Soja RR » en Argentine impose des enjeux sociaux, sanitaires et environnementaux qu'il faudra gérer dans les années qui viennent. Le « so-jeu » en vaut – il vraiment la chandelle, car demain, si le cours de cet oléagineux dégringole, que deviendra l'agriculture argentine ?

       

       

      * Pour en savoir un peu plus sur Monsanto, il existe un très bon documentaire réalisé par la journaliste Marie Monique Robin intitulé Le monde selon Monsanto disponible sur Arte.

      ** Le biocarburant est issu de la biomasse végétale, c'est-à-dire de la végétation (rien à voir avec le label « Bio »!). L'avantage est, qu'à l'utilisation, il émet moins de dioxyde de carbone (CO2) que les carburants issus des hydrocarbures (diesel, essence…). Néanmoins, le biocarburant reste controversé sur l'utilisation non alimentaire des terres cultivables et la déforestation que cela peut engendrer dans certains pays (comme l'exemple de l'Argentine mis en avant ici).

       

       

      Prochain détour : Rencontre à Buenos Aires

       

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        Patagonie argentine : entre Terre de feu et terre de glace

        Carte de la Patagonie

        Carte de la Patagonie

         

        La Patagonie, à cheval entre le Chili et l'Argentine, est la région la plus australe du monde, Antarctique mis à part. Cette terre d'aventures a captivé les Européens depuis des siècles qu'ils soient navigateurs ou adeptes des grands espaces. Aujourd´hui, DD-tour part à la découverte de cette terre légendaire : la Terre de feu. De la ville du bout du monde aux glaciers argentins, la Patagonie s'offre à vous…

        Au bout du monde…

        La province de la Terre de feu est isolée du reste du pays ; en effet, le détroit de Magellan, sous autorité chilienne, sépare la province de l'Argentine. Au sud de la Grande île se situe la ville d'Ushuaia, baptisée la ville la plus australe du monde. Cette enclave argentine a connu une histoire mouvementée entre le pétrole et l'industrie. Pendant longtemps, cette terre rude, du fait de son climat froid et sec, n'a compté que très peu d'habitants qui vivaient de la culture et de l'élevage. Afin de revendiquer ce territoire face au Chili, l'Argentine se devait d'y développer l'économie et accroître son attractivité. Cela commença par l'exploitation pétrolière dans les années 1940 qui représentait en 1980 43% du PNB (produit national brut) de la province.

        Dans les années 1960, le gouvernement a souhaité développer davantage le secteur industriel de la région. Afin d'attirer les entreprises tant nationales qu'internationales, des avantages fiscaux ont été instaurés dans la province : réduction d'impôts ou non imposition, absence de taxes douanières… L'industrie devient le secteur moteur de la Terre de feu, approvisionnant l'Argentine en produits électroménager, textile, audiovisuel, etc. Ce boom industriel relégua l'exploitation pétrolière en 2ème position. En 1998, à son apogée, l'industrie représentait 63% du PNB de la province.

        Ceci a également entrainé une migration de la population vers la Terre de feu : en 30 ans, le nombre d'habitants a augmenté de 900%, passant de 13.400 habitants en 1970 à 121.000 en 2001 ! L'attraction d'un emploi dans le secteur industriel où les salaires étaient plus élevés que la moyenne nationale en est la cause principale. Mais cet âge d'or fut rapidement mis en concurrence avec d'autres zones franches du MERCOSUR, notamment celle du Brésil, ce qui incita la délocalisation d'entreprises et, socialement, à une « remise à niveau » des salaires (par rapport à la moyenne nationale).

        Aujourd'hui, la province de la Terre de feu en pleine réflexion sur son avenir : quel développement mettre en place ? Comment redorer le mythe ?

        Le tourisme pourrait – il répondre aux nouvelles attentes ? Entre les parcs naturels et la porte vers l'Antarctique, la Terre de feu pourrait devenir le nouvel El Dorado d'un développement où nature et économie sociale vivrait en parfaite harmonie.

        Ushuaia

        Ushuaia

        Sus au changement climatique : le Perito Moreno

        Il est l'heure de quitter Ushuaia pour remonter vers le nord. Pour cela, on emprunte la Route 40, qui est à l'Argentine ce que la Route 66 est au États-Unis. L'objectif : le parc national de Los Glacieres et notamment le glacier Perito Moreno. La particularité de celui-ci est … qu'il continue d'avancer ! Un pied de nez au changement climatique qui induit majoritairement un recul des glaciers ; d'ailleurs, 90% des glaciers de l'Antarctique et de Patagonie sont en régression.

        Mais les effets du changement climatique ne sont pas les mêmes partout : dans certaines régions du globe, il fera plus sec et dans d'autres plus humide, cela dépend de nombreux paramètres (relief, courant, situation…).

        Le Perito Moreno

        Le Perito Moreno

        Le Perito Moreno mesure près de 33km de long, environ 60m de hauteur sur une superficie de près de 250km2 et avance, en moyenne, d'un mètre par jour. Néanmoins, il ne peut avancer à l'infini, la péninsule de Magellan le bloquant à son seuil maximum. Le Perito Moreno scinde alors le Lago Argentino en deux. C'est un phénomène cyclique marqué par « la rupture » chaque automne (en mars généralement) qui correspond à la fracture du glacier, engendrée par l'accumulation progressive d'eau (issue de la fonte de la glace et de la neige lors de la saison estivale) dans les fissures du glacier. Un phénomène spectaculaire paraît – il.


        Démarche de protection :  » remportez vos déchets… et prenez les notres aussi! « 

        Parc national de la Terre de feu

        Parc national de la Terre de feu

        Les paysages et la diversité des milieux font de la Patagonie un paradis pour les amoureux de la nature. Et l'Argentine en a bien conscience, elle compte 29 parcs nationaux protégeant des écosystèmes variés allant du parc d'Iguazu en pleine forêt tropicale au parc de la Terre de feu, le plus austral du monde. Les politiques touristiques sont néanmoins différentes selon les parcs. Le parc national de Los Glaciares (où l'on trouve le Perito Moreno) a mis en place une politique particulière concernant la gestion des déchets. En effet, il n'y a pas de poubelles au sein du parc. Lorsque vous payez votre droit d'entrée au parc, on vous donne, en plus de votre ticket, un sac en plastique (biodégradable). Ici, le touriste est à la fois consommateur et éboueur, une bonne manière de se prendre conscience de la quantité de déchets que nous pouvons produire! Plus fort encore, il n'est pas simplement demandé aux touristes d'emporter leurs propres déchets : le parc profite également des bus touristiques pour transporter les déchets (des restaurants ou magasins présents sur place) jusqu'à El Calafate, principale ville du secteur.

         

        Des enjeux environnementaux très importants

        Pour autant, l'activité anthropique induit parfois quelques effets néfastes : la déforestation est le risque majeur de la forêt patagonienne. Le continent sud-américain perd 4 millions d'hectares de forêt chaque années. Durant les 100 années, la Patagonie (argentine et chilienne) a perdu plus de 30.000km2 de sa surface forestière, ce qui, pour cet écosystème fragile, est considérable. Une campagne de reboisement, majoritairement au Chili, a d'ailleur été lancé : Reforestemos Patagonia. Sur le même principe que le programme de l'ONU Plantons pour la planète, cette initiative est soutenue par diverses structures (publiques, privées et associatives) et chacun peut participer en faisant un don via leur plate-forme internet. Chaque donneur recevra ensuite les coordonnées de l'arbre qu'il a aidé à planter.

         

        Au coeur d'un pays argentin en pleine crise économique depuis plus de 10 ans, la Terre de feu fait figure d'exception, portée notamment par l'industrie touristique. Cette région est donc la figure de proue d'une Argentine qui souhaite démontrer que crise économique et préservation de l'environnement ne sont pas nécessairement antinomyques. Jusqu'à quel point ?

         

         

        Prochain détour : l'Argentine agricole

         

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          Lac Titicaca : horizon nuageux sur le berceau du Soleil

          Lac Titicaca vu de l'Isla del Sol

          Lac Titicaca vu de l'Isla del Sol

          Le lac Titicaca, perché à plus de 3.800 mètres au-dessus du niveau de la mer, est connu pour être le plus haut lac navigable du monde. Alimenté par 25 cours d'eau, son bassin hydrologique s'étend sur une superficie de 58.000 km2.

          Isla del Sol, le temple du Soleil

          Isla del Sol, le temple du Soleil

          Le lac, à cheval entre le Pérou et la Bolivie, est un lieu important pour la population locale quechua et aymara et ce depuis des milliers d'années. Le site archéologique de Tihuanacu, à 80km de La Paz, montre les liens entre les peuples amérindiens et le lac, bien avant l'apparition de la célèbre civilisation inca. Pour celle-ci, le lac Titicaca est le berceau du dieu Soleil. L'Isla del Sol, une île bolivienne, a été renommée ainsi d'après la légende où le dieu Soleil serait né sur l'île. Il s'y trouve donc le premier temple inca dédié au soleil…

           

          Le lac Titicaca serait né des larmes du dieu du Soleil. Attristé par la cupidité des Hommes, il aurait pleuré 40 jours formant le lac. Aujourd'hui, la cupidité humaine n'engendre plus les larmes des dieux mais davantage celles des habitants des berges et des îles du Titicaca…

          Composition des déchets retrouvés dans la baie de Puno, 2003

          Composition des déchets retrouvés dans la baie de Puno, 2003 - extrait d'un article de Valderrama Pomé, Aldo Alim, Cordova Arce et Daniel Porfirio

          Le bassin du lac Titicaca abrite aujourd'hui 3 millions d'habitants. Dans ces pays où le traitement des eaux usées est encore peu répandu, les déchets sont naturellement acheminés vers le lac et les communes situées sur ses berges.

          Par exemple, la ville de El Alto (1 million d'habitants), située dans la banlieu ouest de La Paz, ne traite que 45% de ces eaux usées avant de rejeter le tout dans la rivière Seco, affluent de la Katari rejoignant directement le lac. Le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) a mené une étude sur l'ensemble du bassin et sur le lac Titicaca (2007 – 2011) afin d'en évaluer scientifiquement la situation environnementale. Il en a été établi que la région du lac génère 100.000 tonnes de déchets par an !

          En plus de ces déchets non traités et rejetés dans la nature, il y a également le problème de pollution des eaux du lac. Et ceci est d'autant plus important lorsque l'on sait que l'accès à l'eau potable n'est pas majoritairement développé tant au Pérou (environ 43% des habitants y ont accès -2011-) qu'en Bolivie (environ 27% des habitants). Ainsi, beaucoup d'enfants habitant aux abords du lac Titicaca souffrent de la douve du foie (un ver parasite) ; ce parasite atteint également les vaches qui s'amaigrissent et donnent moins de lait (ce qui diminue d'autant la production fromagère).

          Afin de nourrir cette population, mais aussi pour dégager un revenu, l'agriculture s'est intensifiée dans la région. Aujourd'hui, nombre d'exploitations utilisent des intrants chimiques. Sur l'ensemble du bassin versant, le ruissellement de ces engrais suit le cours des rivières pour atteindre le lac Titicaca. Ainsi, la lentille d'eau, un bio-indicateur de la trop forte présence de nitrates et de phosphates dans l'eau, se multiplie sur les berges, recouvrant la surface, empêchant de ce fait l'infiltration des rayons du soleil dans l'eau et freinant donc tout le processus de photosynthèse des plantes aquatiques. À terme, cela pourrait conduire à l'eutrophisation (pour être simple, les algues décomposées – de plus en plus nombreuses – vont progressivement s'entasser dans le fond du lac jusqu'à le combler !). Ce phénomène naturel est ici accentué par l'activité humaine (déchets, nitrates, phosphates…), et conduit à une diminution de l'oxygénation de l'eau induisant une perte progressive de biodiversité (cf. la définition du CNRS).

          De nombreuses études nationales ou binationales rendent leurs conclusions mais, malgré les causes connues, à ce jour, peu de solutions sont proposées à l'échelle du bassin hydrologique du Titicaca. Quelques plans d'assainissement ont été votés dans des villes situées sur les berges du lac mais ils ne sont pas encore engagés. Des campagnes d'arrachage de la lentille d'eau sont régulièrement lancées car elle est utilisée comme fertilisant naturel dans l'agriculture : peut-être la voie d'une dépollution gagnant-gagnant ?

          Aux abords du lac Titicaca, petit à petit, les habitants tentent de réduire leur dépendance séculaire aux ressources lacustres en développant davantage l'agriculture. Mais ne serait ce pas un cercle vicieux où l'agriculture, utilisatrice d'intrants, mettrait à mal la survie du lac ?

          À l'ombre des sommets andins, le soleil brillera t-il à nouveau sur le lac Titicaca ? Après tout, il y est à domicile…

          Le lac Titicaca, l'isla de la Luna vue de l'Isla del Sol

          Le lac Titicaca, l'isla de la Luna vue de l'Isla del Sol

           

           

          Prochain détour : la Patagonie

           

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            Bolivie : un sous-sol tant convoité

            La Bolivie est l'un des rares pays du continent américain à ne pas avoir de frontières maritimes (ils ne sont que 2, avec le Paraguay sur les 51 pays que compte tout le continent américain -nord, central et sud-). C'est également l'un des pays les plus pauvres du sous-continent sud-américain. Et pourtant, les richesses minières sont nombreuses. Le sous-sol bolivien a grandement contribué à la richesse des conquistadors espagnols.

            Selon les régions, on trouve des hydrocarbures, de l'or, de l'argent, du lithium…

             

            L'argent de Potosi, le pétrole de Santa Cruz et la ruée vers l'Or en Amazonie..
            Potosi, classée Patrimoine mondial par l'UNESCO

            Potosi, classée Patrimoine mondial par l'UNESCO

            La ville de Potosi était autrefois la ville la plus riche d'Amérique du Sud grâce aux mines d'argent (dont quelques unes sont toujours ouvertes aujourd'hui). Cette ressource minière fut découverte par les conquistadors à la fin du 16ème siècle. À la fin du 18ème siècle, fière de sa position, la place centrale et les rues adjacentes furent pavées … d'argent ! Aujourd'hui, ces pavés ont bien entendu été remplacés, et Potosi est désormais plus connue comme la ville (de plus de 100.000 habitants) la plus haute du monde (à 4070m au-dessus du niveau de la mer).

             

            Place centrale de Santa Cruz

            Plus à l'Est, la province de Santa Cruz est, elle, fournie en hydrocarbures. La Bolivie possède la 2ème plus grande réserve de gaz naturel d'Amérique du Sud (après le Vénézuela). C'est à ce jour la région la plus riche du pays, et cela se ressent dans la ville et à travers ses habitants où la population blanche dite « gringo » est bien plus présente qu'à La Paz ou dans les provinces de l'Ouest de la Bolivie. Les pétro-dollars étant redistribués dans tout le pays, la province réclame son autonomie afin de pouvoir profiter davantage de ses ressources naturelles. Santa Cruz, avec son climat tropical, est aujourd'hui la ville la plus peuplée de Bolivie.

             

            Les Yungas boliviennes

            Les Yungas boliviennes

            Au sud de la province de Santa Cruz, dans la région des Yungas, on peut parcourir le Sentier de l'or datant de la civilisation Inca. Ce sentier, long d'une cinquantaine de kilomètres, joint la forêt tropicale du bassin amazonien à l'altiplano andin. Des dizaines de villages de chercheurs d'or s'égrainent le long du parcours, traces vivantes d'un passé riche et glorieux.

             

            L'or et l'argent étaient autrefois les principales richesses, attirant toutes les convoitises. Aujourd'hui, la folie des hydrocarbures a pris le relai. Les ressources mondiales d'hydrocarbures s'amenuisant, il faut désormais trouver d'autres sources d'énergie… Et la Bolivie n'est pas en reste cette fois encore !

             

            Le lithium, de grands espoirs et une batterie de questions

            Le Salar d'Uyuni

            Le Salar d'Uyuni

            Le salar d'Uyuni est le plus grand désert de sel au monde avec une superficie de plus de 12.000km2. La surface lisse, blanche sur laquelle se reflète le soleil, donne une impression d'infini. Au-delà des 4m de croûte de sel, une ressource quasiment inexploitée gît : le lithium.

            Le lithium est aujourd'hui utilisé dans de nombreux appareils, dont peut-être celui que vous avez sous les yeux ! Appareils photos, téléphones, tablettes, ordinateurs, … contiennent de plus en plus fréquemment une batterie fonctionnant grâce au lithium. Aujourd´hui, le Chili est le premier fournisseur mondial, mais ce ne sera peut-être plus le cas dans quelques années. Les ressources boliviennes de lithium présentes dans le salar d'Uyuni ont récemment été expertisées par des compagnies étasunienne et bolivienne. Celles-ci ont estimé, respectivement, les réserves à 3 et 10 fois supérieures à celles du Chili. Ce gisement représenterait donc entre 50% et 70% des réserves mondiales !

            Exploité pendant une dizaine d'années par des investisseurs étrangers, le contrat a été rompu par le Président Morales dans les années 1990 pour cause de bénéfices insuffisants pour le pays.

             

            Dans les années à venir, la demande en lithium risque d'exploser du fait de l'augmentation de la demande d'équipements électroniques et surtout de voitures électriques. Qui dit augmentation de la demande, dit également augmentation du prix de la ressource sur le Marché. Ne nous étonnons donc pas de voir les grands industriels se pourléchant derrière la porte d'Evo Morales en espérant gagner le droit d'exploitation du gisement d'Uyuni. En 2009, le président bolivien reçut nombre d'entre eux (LG, Hyundai, Mitsubishi, Bolloré,…), mais reporta finalement l'appel d'offre en 2014-2015.

            En attendant, l'industrie bolivienne du lithium se met timidement en marche. En 2010, l'état a ouvert une industrie d'extraction pilote à quelques kilomètres du village d'Uyuni.

             

            Pour avoir vu les richesses naturelles du pays trop souvent exploitées au cours de son histoire, la volonté du gouvernement bolivien est aujourd'hui de mettre en place une industrie d'état afin que tous les bénéfices du lithium reviennent au pays et au peuple bolivien. Mais il sera sans doute difficile de répondre à la demande sans développer davantage ce secteur. L'État a déjà peiné à réunir les fonds nécessaires à l'ouverture de cette industrie pilote qui produit à ce jour moins de 4000 tonnes de lithium par an (soit 10 fois moins que le premier producteur mondial, son voisin chilien). Il faudra sans doute accepter l'investissement étranger, ce que redoute les communautés locales qui, non opposées à l'exploitation du lithium, le seraient si cette éventualité venait à se produire.

            Pour les communautés locales du sud de l'altiplano, outre Uyuni où le tourisme est la principale source de revenu, c'est la culture du quinoa et l'élevage de lamas qui fait vivre les habitants. Pour eux, les royalties issues du lithium pourraient notamment subventionner l'installation de systèmes d'irrigation dans ces terres désertiques.

            L'eau est d'ailleurs une question soulevée par les écologistes boliviens. Comme la plupart des industries d'extraction, l'industrie du lithium est fortement consommatrice d'eau, ce qui est un problème lorsque la source se situe au coeur d'un désert…

             

            Une nouvelle ressource minière qui rechargerai les caisses de l'État, mais pour quelles avancées et compensations pour les populations ?

            Aujourd'hui une seule chose est certaine : le lithium est en passe de devenir une ressource qui vaut de l'or.

             

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