Australie : quand les kangourous font bondir l’opinion

Armoiries australiennes

Armoiries australiennes

Dans l'esprit de chacun, les animaux emblématiques de l'Australie sont le kangourou et le koala, tous deux des marsupiaux que l'on ne rencontre que dans cette partie du globe. Mais depuis quelques années, le kangourou fait parler de lui. On entend par les médias et le gouvernement que le kangourou est devenu un parasite, détruisant les cultures et participant même à l'extinction d'espèces endémiques (reptiles notamment). Amendée par les fermiers locaux et certaines structures de protection de l'environnement, voici la chasse aux kangourous ouverte.

Viande de kangourou

Viande de kangourou

Depuis la légalisation généralisée de la consommation de sa viande en 1993, le kangourou représente un maillon important dans l'industrie agro-alimentaire australienne. L'exploitation de l'animal, tant pour sa viande que pour son cuir, représente près de 270 millions de dollars de revenu annuel (chiffre de 2010). De nombreuses associations locales et internationales dénoncent le lobby industriel et la propagande mise en place pour promouvoir l'abattage des kangourous. Des campagnes ont lieu chaque année dans la région de Canberra pour stopper l'abattage annuel des kangourous orchestré par le gouvernement et … approuvé par la SPA australienne ! En 2012, 2000 marsupiaux ont ainsi été abattus. Mais ces chiffres officiels ne tiennent pas compte des bébés qui ne survivront pas à la mort de leur mère ou des nombreux animaux morts que l'on découvre le long des routes (depuis mon arrivée, je n'ai vu que 3 kangourous vivants pour une bonne trentaine morts laissés sur le bas côté des routes). Ainsi, le chiffre annuel officiel de 5,5 millions d'animaux tués lors de ces campagnes d'abattage pourrait jusqu'à être doublé pour avoir le nombre réel de kangourous morts par an (selon l'association Vita!)

Tandis que les raisons telles que la prolifération de l'espèce sont avancées, on peut noter qu'aujourd'hui la population de kangourous est estimée à 25% de ce qu'elle était avant l'arrivée des colons à la fin du 18è siècle. Et pourtant, le discours dominant est à l'envahissement du pays-continent par son emblème bondissant.

Kangourou, dans le parc Kata Tjuta

Kangourou, dans le parc Kata Tjuta

L'argument de la dérégulation complète des effectifs de kangourous sont d'autant plus étonnants que cet animal étonnant peut s'adapter à son milieu, par son système reproductif. La femelle peut en effet décider quand aura lieu la fécondation, sur une durée de 12 mois. Ainsi, en cas de sécheresse, la femelle peut retarder la fécondation qui ne prendrait sinon qu'une trentaine de jours. Ce marsupial peut donc réguler lui-même sa population en fonction des ressources présentes, celles-ci n'ayant d'ailleurs cessé de diminuer avec l'installation d'exploitations agricoles.


Le débat est lancé, et c'est toute l'Australie de l'écologie qui est divisée, à l'heure où des battues ont lieu chaque nuit pour « règler le problème » de la surpopulation des kangourous. Dans ce contexte, qui croire ? Les ONG locales et internationales de protection des animaux ? Le gouvernement qui bénéficie de l'appui de la SPA australienne …

Le kangourou, présent sur le blason australien, serait-il victime de ses qualités « industrialisables » (cuir de kangourou très prisé, viande fumée et moins grasse que le boeuf…) ?

À la différence de la Chine avec le grand panda, l'Australie est en en proie à un affrontement frontal avec son animal national, que le gouvernement doit négocier avec souplesse pour ne pas tuer ce qui s'apparente aujourd'hui à une poule aux oeufs d'or.

Alors qu'en définitive, avec le kangourou, l'objectif des industriels et des associations écologistes est le même : continuer de remplir les poches…

 

 

Prochain détour : Australie centrale et territoires aborigènes

 

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    « En survol » : Brunei, le pays vert de l’or noir

    Après avoir survolé le Bhoutan, partons vers le Sud de l’Asie, sur une île relativement bien connue : Bornéo. Mais connaissez – vous ce pays qu’elle héberge, au coeur de la forêt primaire, et croulant sous les pétrodollars ? Rendez-vous donc au Sultanat de Brunei Darussalam.

     

    « Brunei : le pays vert de l’or noir

    L’île de Bornéo, ses plages, sa forêt primaire, ses orangs-outans : l’imaginaire et les images les plus connues de cette île de l’archipel indonésien font souvent oublier que cette île abrite en réalité 3 pays différents, dont l’un des états les plus atypiques du Monde : le sultanat de Brunei.

    Ce nom intrigue et semble nous transporter vers le pays des mille et une nuit. Mais loin de là, le sultanat de Brunei Darussalam partage en effet l’île de Bornéo avec la Malaisie et l’Indonésie. C’est l’un des plus petits pays du monde, avec une superficie d’environ 5 765 Km2 mais aussi l’un des plus riches.

    Ce royaume millénaire, sous protectorat britannique jusqu’en 1984, est désormais gouverné par le seul Sultan, l’abolition de la Constitution en 1962 lui ayant conféré tous les pouvoirs.

    Après avoir connu quelques déboires financiers, le sultanat de Brunei a prospéré au début du 20è siècle grâce à l’exploitation d’hydrocarbures. Il est aujourd’hui le 3è pays producteur de pétrole d’Asie (après l’Indonésie et la Malaisie) et le 4è producteur mondial de gaz naturel ! Ce secteur correspond environ aux 2/3 du PIB et à 96% des revenus relatifs aux exportations. Les revenus provenant de ces exploitations d’hydrocarbures permettent à Brunei de se vanter de n’avoir aucune dette extérieure.

    Néanmoins, l’environnement n’est pas laissé pour compte.

    Depuis le début de l’exploitation des forages d’hydrocarbures, le sultanat de Brunei a préservé sa forêt qui représente encore aujourd’hui plus de 80% de la superficie totale de son territoire (ce qui est loin d’être le cas de ses voisins, qui ont surexploité la forêt primaire de Bornéo). Aujourd’hui, la forêt primaire brunéienne est le refuge de nombreuses espèces faunistiques et floristiques menacées (comme le singe nasique ou des fleurs carnivores). Le sultan a toujours prôné la préservation de ces espaces. En effet, dès le début de l’exploitation du pétrole et du gaz, le sultant a intégré une politique de protection de l’environnement de la part de l’exploitant (Shell qui garda le monopole de l’exploitation brunéienne d’hydrocarbures jusqu’en 1993). Ainsi, les zones de forages sont reboisées en fin d’utilisation, l’eau liée à l’extraction est traitée avant d’être rejetée et les éco-systèmes marins et de rivière ont une politique de préservation propre. De plus, l’argent issu de ces exploitations a également servi à l’éducation de la population à la protection des forêts et de tout ce qu’elle recèle.

    Mais aujourd’hui, les fluctuations des coûts et la raréfaction des ressources énergétiques dites fossiles (pétrole, gaz et charbon) forcent le gouvernement (enfin le sultan) à réviser sa politique et à diversifier les revenus du pays.

    Le sultan souhaite notamment ouvrir davantage son pays au tourisme afin de concurrencer ses voisins l’Indonésie et la Malaisie, en l’orientant davantage vers l’écotourisme. Identifié pour être à l’opposé du tourisme de masse, l’écotourisme, comme le développement durable, prend en considération la protection des lieux et de l’environnement mais également de la culture (point important pour cet état islamique) et de l’économie locale.

    Néanmoins, ceci n’est pas chose aisée dans un pays où la prise d’initiative et la responsabilisation de la population dans l’économie nationale n’a jamais été requise jusqu’alors.

    De plus, depuis quelques années, des politiques favorables à l’implantation d’industries et d’entreprises sont mises en avant, notamment pour l’investissement de capitaux étrangers. En effet, l’absence d’impôts et la souplesse pour l’installation d’entreprises étrangères se font peu à peu connaître et deviennent alléchantes.

    Face à ce nouvel élan, n’y aurait-il pas un risque pour cet environnement si bien préservé jusque là ? L’histoire nouos a déjà montré que l’attraction de capitaux étrangers n’est pas toujours synonyme de respect de l’environnement et de culture locale. Serait ce la fin du pays de l’or noir – vert ?

     

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      Singapour : un plongeon dans le recyclage

      À l'extrêmité de la péninsule malaise, la cité-État de Singapour s'ouvre vers un monde insulaire (Indonésie, Philippines et plus loin l'Océanie). Singapour est le pays le plus développé de l'Asie du Sud-Est. C'est aussi le plus avancé en terme de respect de l'environnement et de développement durable , Singapour ayant instauré depuis quelques années par exemple le principe de pollueur-payeur (dans le secteur industriel notamment). Mais c'est un aspect plus novateur que dd-tour souhaite mettre en lumière aujourd'hui : celui du recyclage de l'eau.

      Singapour

      Singapour

      L'eau est un élément essentiel pour la survie de nos sociétés. La croissance de la population mondiale ainsi que l'amélioration du niveau de vie dans de nombreux pays vont impliquer une demande croissante en eau. Mais l'eau n'est pas produite sur commande. Son renouvellement naturel prend du temps. Il faut donc d'ores et déjà batailler contre le gaspillage de l'eau. Mais il faudra également compter sur la réutilisation de l'eau et son recyclage qui seront indispensables pour un futur viable.

      C'est notamment sur ces solutions que Singapour mise. Il faut dire que l'approvisionnement en eau de la Cité-État est à la fois une question politique et économique. D'une superficie de 680km2, Singapour n'a qu'une nappe phréatique et quelques réservoirs d'eau de pluie, ce qui n'est malheureusement pas suffisant pour alimenter ses 5 millions d'habitants. C'est pourquoi, historiquement, Singapour achète la majorité de son eau à son unique voisin terrestre, la Malaisie.

      Depuis quelques années déja, la Cité-État prend ce problème à bras le corps. Cela est passé, dans un premier temps, par une réorganisation de son système de gestion de l'eau. En effet, auparavant, la gestion du réseau d'eau potable, le traitement et la collecte des eaux usées étaient séparés dans différentes agences ; désormais le PUB (Public Utilities Board) regroupe toutes ces compétences.

      Puis viennent les avancées technologiques relatives à la désalinisation de l'eau de mer et au recyclage des eaux usées. C'est ainsi que née en 2002, Newater, une eau potable issue des eaux usées. Dit comme ça, cela ne fait pas très envie, mais cette eau est considérée comme ultra pure (selon les recommandations de l'OMC). Connaissant quelques réticences à la consommation directe, cette eau est néanmoins très appréciée dans l'industrie électronique où les besoins en eau (pure) sont importants. Ce qui libère autant d'eau potable « de premier usage » pour la consommation !

      En 2012, la production de Newater correspondait à 30% des besoins de Singapour. L'objectif est d'atteindre 50% d'ici à 2060, date de fin de l'actuel contrat marchand pour l'eau potable avec la Malaisie. Ceci sera coupler à une augmentation de la production d'eau potable à partir d'eau salée qui correspondrait à 30% de la consommation du pays. Alors que les prévisions montrent que la consommation d'eau du pays va doubler d'ici à 2050, Singapour voudrait, à terme, limiter voire stopper les importations d'eau potable grâce à ce simple credo : « chaque goutte d'eau doit être utilisée plus d'une fois« . Ambitieux !

       

       

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        Nord Thaïlande : vous prendrez bien un peu d’opium ?

        Nord Thailande, province de Mae Hong Son

        Nord Thailande, province de Mae Hong Son

        Le nord de la Thaïlande est un endroit qui inspire l'aventure : les montagnes, les forêts où se mêlent tecks, bananiers, palmiers et autres essences tropicales. Mais ceci tient sans doute également du fait que le nord de la Thaïlande appartenait au célèbre « Triangle d'or ».

        Carte situant le Triangle d'or

        Carte situant le Triangle d'or

         

        Le « Triangle d'or » regroupe les régions frontalières du nord du Myanmar (Birmanie), du Laos et de la Thaïlande où le pavot somnifère existe depuis les années 1950. Cette espèce de pavot, aimant les sols pentus et peu fertiles, est cultivée pour sa résine utilisée pour la fabrication de l'opium et de l'héroïne. Cette région fut, dans les années 1960-1970, la plus grande productrice mondiale d'opium (à plus de 70%). C'est de cette époque qu'elle tira son surnom, le trafic d'opium étant extrêmement rentable et les traficants étaient alors payés directement en or.

         

        En 1996, la culture de l'opium était évaluée à 1.750ha en Thaïlande, produisant 5 tonnes d'opium et 2t d'héroïne chaque année.

        Aujourd'hui le « Triangle d'or » a considérablement été réduit sous l'action des autorités nationales et internationales de lutte contre la drogue et les trafics illicites. En effet, appuyé par un processus de nationalisation, la culture du pavot somnifère et la fabrication d'opium fut interdite dans le pays (encore aujourd'hui, la drogue est un sujet sensible en Thaïlande, la possession ou le trafic de stupéfiants peut être puni par la peine capitale ).

         

        Un programme, amorcé par l'Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC), a été mis en place dans la région, car pour supprimer durablement la culture du pavot à opium, il fallait proposer une alternative rémunératrice aux agriculteurs. Ainsi, les cultures de café, de noix de macadamia, de maïs ou d'aromates ont fait leur apparition, accompagnées souvent de l'aménagement de voiries afin de rendre plus accessible le marché local pour la vente des produits.

        Néanmoins, après avoir atteint son niveau le plus bas en 2006, le rapport de l'ONUDC de 2010 met en avant une recrudescence de la culture du pavot à opium dans le « Triangle d'or ». Même si elle est marginale dans le nord Thaïlande, entre 2009 et 2010, la culture du pavot est passée de 219ha à 289ha (en comparaison, le Myanmar a connu une hausse de 20%, la surface dédiée atteignant 38100 ha en 2010).

        Les raisons qui auraient incités les agriculteurs à cultiver ou à reprendre la culture du pavot à opium sont à la fois politiques et économiques. Dans ce rapport, on note que la crise économique mondiale a impacté la culture de pavot à travers l'appauvrissement de la population de ces pays ainsi que par une chute des tarifs du marché « licite » (par exemple pour le café ou le riz) tout en favorisant une augmentation de celui de l'opium. De plus, la situation géopolitique relativement instable du « Triangle d'or » accentue cette reprise de la culture du pavot (le Myanmar, gouverné par la junte militaire, a connu récemment quelques conflits, notamment avec la Thaïlande, dans le nord du pays).

        Malgré une présence constante de la police anti-drogue dans le nord de la Thaïlande, la culture du pavot à opium persiste. Mais désormais, celle-ci est esentiellement utilisée pour la consommation personnelle des agriculteurs. Cependant, un récent article du journal The Straits Times (Singapour), annonce la découverte, fin décembre 2012, d'un champ de pavot à opium de 13ha dans une province nord thaïlandaise. Cela n'était pas arrivé depuis une dizaine d'années.

        Nord Thaïlande, province de Mae Hong Son

        Nord Thaïlande, province de Mae Hong Son

        L'opium et les trafics de drogue ne connaissent pas la crise. De plus, la demande croissante d'héroïne, notamment en Chine, ainsi que la nécessité d'avoir une source complémentaire de revenu pour les paysans locaux, implique une reprise de la production de pavot.

        Une bien mauvaise nouvelle pour la production alimentaire locale…

         

        Prochain détour : Singapour

         

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          Le Tonle Sap : un lac et des hommes

          Au Cambodge, il y a bien sûr les célèbres temples d'Angkor, mais aussi (et un peu moins touristique), le lac Tonlé Sap, classé depuis 1997 Réserve de Biosphère par l'UNESCO. Ce lac et son système hydrologique sont très particuliers ; il s'avère donc nécessaire pour dd-tour de vous le faire découvrir.

          Le lac Tonle Sap

          Le lac Tonle Sap

          Un écosystème hors norme

          En effet, en plus d´être le plus grand lac d'eau douce d'Asie du Sud-Est, le Tonlè Sap a un rôle hydrologique essentiel. Le lac Tonle Sap est relié au Mekong par une rivière qui porte le même nom que le lac, au niveau de la capitale cambodgienne, Phnom Penh, située à une centaine de kilomètres. À la saison des pluies, les moussons gonflent les eaux du Mekong jusqu'à ce que celles-ci atteignent un niveau supérieur à celui du Tonle Sap. C'est à ce moment qu'un phénomène incroyable se produit : la force des eaux du Mekong va obliger le courant de la rivière Tonle Sap à s'inverser, amenant les eaux vers le lac. Le lac Tonle Sap va alors multiplier par 6 sa superficie, passant de 2700 km2 à 16.000 km2, inondant les rives. À la saison sèche, le processus s'inverse à nouveau : le cours de la rivière s'écoule du lac vers le Mekong, le lac retrouvant progressivement son niveau initial.

          Le lac Tonle Sap

          Le lac Tonle Sap

          Ainsi, le Tonlé Sap a pour rôle la régulation de l'écoulement du Mekong, permettant ainsi à la région du delta de ne pas être inondée.

          Ce processus offre au lac Tonle Sap un écosystème particulier de forêt inondée qui attire nombre d'espèces d'oiseaux, de serpents et, il y a encore quelques années, de crocodiles (qui ne subsistent aujourd'hui que dans les fermes).

           

           

           

          Un rôle indispensable pour les Hommes


          Maison sur pilotis sur le Tonle SapMaison-bateau sur le Tonle Sap

          Maison sur pilotis sur le Tonle Sap


          C'est également un lieu de vie : sur ces rives, je croise de nombreux villages flottants ou de maisons sur pilotis , seules habitations adaptées aux fluctuations saisonnières du Tonle Sap. Trois millions de personnes habitent ici, leurs seules ressources provenant du lac.


          Pêcheur du Tonle Sap

          Pêcheur du Tonle Sap

          Le Tonle Sap est une source de nourriture essentielle : près de 300 espèces de poissons vivent dans le lac, nourissant quotidiennement 60% de la population du Cambodge. Plus de 50% de la production nationale issue de la pêche provient du Tonle Sap, soit environ 230.000 tonnes de poissons par an ! De plus, lorsque les eaux se retirent, les alluvions et sédiments restent sur les berges du lac apportant les nutriments nécessaires au sol pour une bonne culture.

           

           

          Mais la corne d'abondance du Tonle Sap s'amenuise de plus en plus à cause de la surexploitation. Les poissons n'ont plus le temps de se reproduire et les ressources halieutiques diminuent chaque année. La déforestation et l'accaparement de ces terres fertiles pour la construction ou la monoculture intensive détruisent petit à petit cet écosystème si particulier.

          Même si le gouvernement tente de réduire ces impacts par des réglementations, localement celles-ci sont difficilement appliquées. La multiplicité des acteurs (la police locale, l'armée, les représentants de pêcheries et de villages) complique la coordination sur le terrain ; et ceci, sans compter les « dessous de table » encore fréquents dans le pays.

          Le Tonle Sap est donc quelque part en danger. Outre les craintes liées à la perte de cet écosystème si particulier, ce sont surtout les répercussions sur la population qui sont inquiétantes. Le Cambodge est l'un des pays les pauvres de la région (PNB Cambodge: 64milliards de US dollars en 2011 – PNB Laos: 18milliards - PNB Thailande: 610milliards). Le Tonle Sap est la principale ressource alimentaire du pays, non seulement grâce à la pêche mais aussi à l'agriculture (dont le rendement est fortement dépendant du système hydrologique du lac). Un haut fonctionnaire du ministère de l'Agriculture cambodgien avait affirmé que « si le Tonle Sap meurt, le Cambodge mourra ». À bon entendeur…?

          Pêcheur sur le lac Tonle Sap

          Pêcheur sur le lac Tonle Sap


          Prochain détour : Thaïlande

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            Au coeur du delta du Mekong, rencontre avec l’association Mekong Plus

            Le deltadu Mekong

            Le deltadu Mekong

             

            Le delta du Mekong se présente sous des yeux ébahis; les paysages sont magnifiques et étranges à la fois, comme venus d'un autre temps, d'un autre lieu. Surnommé le « bol de riz du Vietnam », c'est ici que l'on produit le plus de riz dans le pays.

            Mais ce n'est pas pour cette raison que « dd-tour » vous emmène au coeur du delta ; l'objectif est de rencontrer l'association Mekong Plus, soutenue par la Fondation Nicolas Hulot.

             

            Cette association, née en 1994 et présente dans 2 provinces du Vietnam, s'est installée à Long My, dans la région du delta, en 2004. Mekong Plus mène divers projets sur le district que l'on peut différencier comme suit : le micro-crédit, l'agriculture responsable et l'éducation.

            Je vais ainsi passer 2 jours auprès de l'association afin de rencontrer quelques familles et voir concrètement les projets mis en place.

             

            Développer une activité rémunératrice grâce au micro-crédit
            Une famille bénéficiant d'un micro-crédit

            Une famille bénéficiant d'un micro-crédit

            Aujourd'hui, Mekong Plus alloue un micro-crédit (sur 3 ans) à plus de 1400 familles. Durant ces 2 jours, je rencontre 3 familles bénéficiant de cette aide financière.

            Élevage de poulet

            Élevage de poulet

            Deux des familles rencontrées perçoivent cette aide depuis moins d'un an. L'objectif de ce financement est la mise en place d'une activité rémunératrice. Ces familles ont, dans un premier temps, installé un poulailler pour l'une ou mis en place une activité piscicole pour l'autre.

            Il faut noter que toutes les familles aidées par Mekong Plus gagnaient à la base moins de 50$ mensuel. Une des familles que j'ai eu l'occasion de rencontrer ne gagnait pas 10$ par mois et n'avait ni sanitaires ni accès à l'eau courante. Le lancement du projet a donc lieu dès la première année, à la fin de laquelle les ventes permettront à la famille d'accéder à un revenu plus convenable. Cette manne financière lui permettra ensuite de diversifier son activité.

            Élevage expérimental d'anguilles

            Élevage expérimental d'anguilles

            Ce projet est suivi sur 3 ans avec pour but, à la fin de la première année, de diversifier l'activité du foyer : une famille va tout d'abord élever des poulets puis, dans un second temps, mettre en place une activité piscicole. Une des familles rencontrées s'est lancée, accompagnée par l'association, dans une expérience terrain de reproduction d'une espèce d'anguille menée par seulement 12 familles au Vietnam. Ce nouveau projet est encore trop récent pour savoir s'il aura le succès escompté.

             

             

            Toutes ces familles sont accompagnées par Mekong Plus pour mener à bien leurs projets. Le micro-crédit octroyé améliore les conditions de vie du foyer mais permet aussi aux enfants d'avoir accès à l'éducation.

             

            Prôner une agriculture responsable pour la santé et l'environnement

            Un des volets de l'activité de Mekong Plus est la diffusion de méthodes de culture plus respectueuses de l'environnement.

            Jardin durable

            Jardin durable

            Le premier projet visité est un exemple d'une grande simplicité, comment ne pas y avoir pensé plus tôt?! Si je vous demande comment éviter l'utilisation des pesticides ? Personnellement, j'aurais répondu « plantation de végétaux naturellement répulsifs, coccinnelles ». Mais ici la solution est de prendre le problème à sa source, c'est-à-dire empêcher les insectes d'atteindre les légumes cultivés. Le fermier a donc tendu une immense moustiquaire sur son jardin ! Le résultat : il n'utilise plus de pesticides chimiques et utilise du compost. Cela a nécessité un certain investissement de la part de la famille : cette toile coûte environ 200$ dont la moitié est financée par Mekong Plus (l'autre par la famille). Mais les produits se vendent mieux et un peu plus chers car les clients apprécient le côté « bio, meilleur pour la santé ».

            Culture de gingembre en bac

            Culture de gingembre en bac

            J'ai également eu l'occasion de visiter un projet récemment mis en place relatif à la culture du gingembre. L'innovation proposée par Mekong Plus est de cultiver le gingembre dans des bacs en plastique. L'avantage de cette technique est de rendre la culture mobile, fortement utile durant la saison de pluies lorsque l'eau inonde les terrains. De plus, cela permet aux petits propriétaires terriens d'avoir une activité agricole rémunératrice. Outre son aspect économique, cette technique nécessite moins de travail que la culture du gingembre en pleine terre, moins d'engrais chimiques et moins d'eau.

             

            Culture de gingembre en bac

            Culture de gingembre en bac

            Sur les 5 familles de Long My pratiquant cette culture, les deux que j'ai pu rencontrer n'utilisent plus d'intrants chimiques mais du compost. Les familles cultivent environ 200 bacs qui leur apporte environ 1kg de gingembre chacun. La prochaine récolte du gingembre est pour bientôt mais, pour les familles, mieux vaut attendre le nouvel an (qui a lieu en février au Vietnam) car la hausse de la demande en gingembre pour la préparation de différents mets fait augmenter le prix de vente (environ 1$ du kilo).

             

             

            Installer le biogaz chez les particuliers

            Autre projet, auquel la Fondation Nicolas Hulot tient tout particulièrement : l'installation d'un système de production de biogaz chez les particuliers. Aujourd'hui, on dénombre près de 600 familles ayant mis en place ce système dans le seul district de Long My. Je rencontre donc une famille qui a installé le système de biogaz il y a un an.

            Pour s'inscrire dans ce projet, les familles doivent impérativement élever au moins 4 cochons et avoir les fonds suffisants pour acheter le matériel (car Mekong Plus participe peu au financement du matériel et apporte davantage son soutien à la formation et à l'information préalable à l'installation). Ainsi, cette famille a installé un système de biogaz ayant une capacité de production de 6 m3 de méthane.

            Mais comment fonctionne ce système ? C'est finalement assez simple ! Les excréments des animaux sont mélangés à de l'eau (de rivière) et maintenus dans un lieu hermétiquement clos. Le gaz issu de la fermentation de ce mélange s'échappe par un tuyau raccordé à une grande proche en plastique. Une vanne permet de fermer le circuit lorsque le ballon de stockage est rempli.

            Biogaz: espace de fermentation Biogaz: espace de stockage

            Biogaz: espace de fermentation

            C'est ce que je disais : simple et efficace !

            Pour la famille, l'avantage est surtout financier : auparavant l'achat de bouteilles de gaz leur coûtait 125$ par an, sans compter les appoints au bois que la femme allait chercher. Désormais, grâce au biogaz et aux gains de temps, la femme peut éventuellement avoir une activité complémentaire. De plus, comme le soulignais le père de famille, ils n'ont plus cette sensation de « gâcher de l'argent en se nourrissant ».

            Biogaz: raccordement à la gazinière

            Biogaz: raccordement à la gazinière

             

            Éduquer, ça passe aussi par la bouche
            Bibliothèque de l'école de Long My

            Bibliothèque de l'école de Long My

            L'éducation est une chose importante pour l'association. Outre le financement de la bibliothèque, Mekong Plus a, avec l'appui des autorités locales, intégré dans le programme des écoles primaires et élémentaires du district de Long My des leçons d'hygiène.

             

             

             

            Leçon de brossage de dents à l'école élémentaire de Long My

            Leçon de brossage de dents à l'école élémentaire de Long My

            Et ça tombe bien, le jour de la visite de l'école est celui de la leçon hebdomadaire du brossage de dents ! Tous les enfants se réunissent en rang dans la cour de l'école, brosse à dents à la main. C'est au son du tambour et des instructions du professeur que les enfants se brossent les dents, pendant 2 minutes chrono. Pour le rinçage, chacun va chercher un peu d'eau dans son gobelet et retourne à sa place. Coup de tambour, et tout ce petit monde se rince la bouche. Par contre pour recracher l'eau, c'est chacun son tour dans la bassine au centre de la cour ! Pas toujours évident d'être le dernier de la file !

             

            Mais l'éducation à l'hygiène et principalement l'hyginène dentaire, ne se tient pas exclusivement à l'école. En effet, Mekong Plus la promeut également auprès des parents. L'objectif est de leur faire comprendre l'importance pour leur enfant de se brosser les dents, ainsi les parents s'impliquent dans ce projet et rappellent davantage à leurs enfants de le faire tous les jours « au réveil et avant de se coucher ». Dans certaines familles, les enfants ont même réussi à convertir leurs parents ! Comme quoi l'apprentissage ne vient pas toujours des personnes les plus âgées…

             

             

            La découverte des projets de Mekong Plus, la rencontre de ces familles, est un moment inoubliable dans ce voyage. La simplicité et la générosité de ces gens qui vous offrent d'entrer prendre un rafraichissement alors qu'ils ne peuvent parfois pas manger à leur faim, cela ne se rencontre plus beaucoup dans nos contrées occidentales. Mais ce moment de partage est un des plus beaux moments que j'ai eu l'occasion de vivre.

            Je me suis vraiment rendue compte à quel point les associations de terrain (et d'autant plus dans des pays pauvres) sont indispensables. Ce qui me vient à l'esprit à la fin de cette rencontre, c'est qu'avec un brin de créativité, de la motivation et quelques moyens, quand on croit à ce que l'on fait, on ne peut que réussir.

             

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              Catégories: Vietnam | Tags: , , | 1 Commentaire